Alors que la bière, breuvage indigène, est source de joie, de bonne santé et d’ardeur au travail, le gin pousse ses adeptes aux pires dépravations : meurtre, suicide, dilapidation des biens, bestialité…
La « ruelle du gin » est située par l’artiste dans le quartier misérable de St. Giles à Londres. Il y montre la ruine – littérale, si l’on considère les bâtiments à l’arrière-plan – des classes populaires atteintes par la consommation excessive de gin. Le personnage de la mère ivre lâchant son enfant pour priser du tabac est devenue un symbole de la Gin Craze (« folie du gin »). Par opposition, la scène des buveurs de bière se passe dans la paroisse « respectable » de St. Martin-in-the-Fields. Il était traditionnel de hisser l’étendard royal sur l’église éponyme le jour de l’anniversaire du roi, en l’occurrence George II (1683-1760) : celui-ci est visible à l’arrière-plan, accentuant ainsi le caractère « patriotiquement correct » de la consommation de bière.
PLUS D’INFORMATIONS SUR L’OEUVRE
Bibliographie
Tonkovich Jennifer, "Hogarth and the Making of Beer Street and Gin Lane", Master Drawings, n°2, vol. LX, 2022. p. 201-218,
Martin Jean-Hubert, Wahler Marc-Olivier (dir.), Pas besoin d'un dessin. Carte blanche à Jean-Hubert Martin, catalogue d'exposition, Genève, Musée d'art et d'histoire, 28 janvier-19 juin 2022, Genève: Musée d'art et d'histoire, 2022, p. 174
Paulson Ronald, Hogarth's Graphic Work, Londres: Print Room, 1989, 186
Goerg Charles, Bruhlart Armand (dir.), William Hogarth (1697-1764) L'oeuvre gravé, catalogue d'exposition, Genève, Musée d'art et d'histoire, Cabinet des estampes, 26 juin-15 septembre 1968, Genève: Musée d'art et d'histoire - Cabinet des estampes, 1968, n° 136
Paulson Ronald, Hogarth's Graphic Works, New Haven, Londres: Yale University Press, 1965, 186