Objets de luxe de la chancellerie impériale et privilège du seul empereur, les bulles d’or étaient destinées à sceller les chrysobulles, χρυσόβουλλος λόγος ou χρυσόβουλλον σιγίλλιον, les documents les plus solennels émis par lui1. Comme la monnaie d’or, dont les bulles reproduisent souvent les motifs iconographiques des règnes correspondants, les bulles en or reflètent le prestige et la puissance du monarque byzantin autant à l’intérieur de l’Empire qu’auprès des chefs des peuples et des États étrangers. Tant il est vrai que leur poids, calqué sur celui du solidus, variait suivant l’importance accordée par l’empereur au destinataire de son chrysobulle, pouvant aller du poids d’un solidus, monosoldia, à celui de 4 solidi, tétrasoldia. Ainsi, suivant l’échelle de valeur des bulles d’or en vigueur au Xe siècle, les lettres adressées au pape étaient scellées par une bulle d’un sou, parfois deux, les disoldiai étant destinées aux chefs politiques jugés de second ordre, tels le souverain du Saint-Empire romain germanique, le doge de Venise, ou envoyées aux chefs religieux (catholicos) d’Arménie et d’Albanie. Quant aux tétrasoldiai, elles étaient réservées au calife de Bagdad et au calife fatimide2. À présent, on compte à peu près 60 bulles d’or byzantines conservées dans des institutions publiques, au Vatican ou dans des monastères du Mont Athos, détachées ou toujours appendues à leurs chrysobulles d’origine.
L’article écrit par Philip Grierson en 1966 est la seule étude à ce jour qui examine la fabrication des bulles d’or byzantines3. Frappées par des boullôtèria qui devaient être proches de ceux en usage pour la frappe des bulles ordinaires en plomb, les bulles d’or étaient de toute évidence fabriquées également dans les ateliers monétaires de la capitale. Le savant numismate, qui fonde son étude sur les huit bulles d’or conservées alors à Dumbarton Oaks, distingue trois différents modes de fabrication qui se seraient développés au cours des siècles : jusqu’au milieu du XIe siècle, les bulles d’or seraient frappées sur un flan unique, « a single piece of gold », obtenu par coulée comme les flans pour les bulles en plomb ; à partir du troisième quart du XIe siècle, elles seraient fabriquées à partir de deux rondelles réunies par soudure et frappées comme une seule pièce ; à partir de l’époque des Paléologues, où les bulles sont devenues extrêmement fines et très larges, elles semblent être faites à partir de deux rondelles monofaces frappées séparément, avant d’être soudées. Le deuxième mode de fabrication que Philip Grierson décrit serait la conséquence du durcissement du métal par une augmentation du taux de cuivre, en raison de la dévaluation de la monnaie d’or dans la seconde moitié du XIe siècle. D’après lui, frapper des disques plus minces permettait d’éviter les fissures que pouvait provoquer la frappe sur un seul flan de métal dur. Alors que l’on pourrait croire que les risques de fissures étaient plus grands sur des disques minces, les analyses entreprises par Cécile Morrisson sur les bulles d’or des empereurs latins de Constantinople démontrent que ce mode de fabrication prévalait toujours au début du XIIIe siècle4. Grierson avance aussi la théorie que, au moins jusqu’à la fin de l’époque des Comnènes, le taux du métal précieux des bulles impériales restait proche de celui des monnaies d’or contemporaines.
L’examen analytique en laboratoire des deux bulles d’or conservées au Musée d’art et d’histoire de Genève5 a offert la possibilité d’ajouter de nouvelles observations à celles de Grierson, de les préciser et de soulever quelques questions qui – espérons-nous – susciteront un intérêt pour l’étude du savoir et des innovations techniques des Byzantins.
Ainsi, l’analyse de la disoldia6 (inv. CdN 2004-539, fig. 1), frappée au nom de Romain Ier Lécapène, Constantin VII et Christophe, montre que, au milieu du Xe siècle, elle est déjà fabriquée à partir de deux rondelles, de compositions métalliques différentes, réunies par soudure avant la frappe des motifs iconographiques.