Tango et santé au MAH

De la muséothérapie en dansant

Danser le tango au musée, ça fait du bien ! Si cela fait plusieurs années qu’on danse dans la cour les jeudis d’été, depuis cet automne, un nouveau projet de muséothérapie autour du tango a vu le jour.

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En effet, quoi de mieux que la danse, et plus encore, le tango pour se remettre en mouvement ? Grâce au soutien du Département de la culture et de la transition numérique de la Ville de Genève (DCTN), le MAH a ainsi pu initier un projet ambitieux autour des maladies du mouvement telles que la Maladie de Parkinson. Formée à l’art-thérapie expressive intermodale et spécialisée en danse-thérapie, Claire Rufenacht développe depuis 2017 des ateliers de tango-thérapie. Aux côtés de Murielle Brunschwig et Isabelle Burkhalter (MAH), elles imaginent un dispositif thérapeutique inédit, où se rencontrent l’art, le musée, le tango et l’art-thérapie intermodale. Le projet consiste à développer un atelier spécifique afin de mesurer l’impact du musée en tant que lieu d’accueil et cadre inspirant, ainsi que d’évaluer l’apport des œuvres et de la relation à l’œuvre impliquée par l’art thérapie sur les participant.e.s. En parallèle, l’art-thérapeute souhaite aussi explorer une approche intermodale où les œuvres du musée viennent nourrir et enrichir la pratique de la danse-thérapie et de la tango-thérapie.

Un projet co-construit

Chaque atelier est pensé et préparé en amont entre l’art-thérapeute et la médiatrice. Les séances se déroulent dans des salles différentes à chaque fois, avec un thème élaboré en co-construction afin de créer un lien entre la danse, la salle et les œuvres abordées. Le choix du thème est réfléchi de manière à répondre à un objectif art-thérapeutique en fonction des besoins du public-cible. Ainsi, certains ateliers favorisent un travail sur la confiance et les émotions, tandis que d’autres explorent les différentes problématiques en lien avec le mouvement. La dimension relationnelle est également présente afin d’initier un sentiment d’appartenance et de partage. De la salle des portraits anglais, dans laquelle le travail peut porter sur le regard, à celle dans laquelle sont exposés les tableaux de Felix Vallotton où la création de lien est au cœur de la séance, le musée devient un vaste champ d’expérimentation. Mais c’est sans doute dans la salle grecque, au milieu des statues et autour du thème de l’équilibre et du déséquilibre, que la magie a le plus opéré. « On se serait dit dans Alice au pays des merveilles » commente un participant, en dansant dans cet univers hors du temps.

Plusieurs expertises sont requises afin de favoriser le bon fonctionnement de ces ateliers et le processus thérapeutique : le savoir-faire du/de la soignant.e pour mettre en place la confiance et le lien patient.e.s-thérapeute, la connaissance des troubles dont sont atteint.e.s les participant.e.s afin d’adapter le dispositif et lui donner une orientation spécifique, une maîtrise du contenu des ateliers (connaissance du tango, de la danse-thérapie, de l’histoire de l’art et du musée), ainsi que la gestion de groupe et le contrôle des contraintes techniques associées au lieu. Ainsi, le binôme art-thérapeute/médiatrice culturelle est complémentaire et permet le bon déroulement des ateliers.

Des objectifs remplis

De manière plus large, l’ensemble du projet a ainsi pour objectif thérapeutique de travailler les fonctionnalités du corps, la mobilité physique, l’équilibre ou encore la cognition, ainsi que le bien-être émotionnel et psychique, notamment grâce à l’apport des œuvres d’art et la qualité des relations interpersonnelles, en binôme comme en groupe. Le dispositif au musée permet en outre d’ajouter une dimension intermodale : le corps, le son et l’image sont mobilisés. Il permet également d’accueillir des personnes dont la mobilité est plus réduite, celles-ci pouvant pleinement profiter des moments d’échange autour des œuvres, au-delà de leurs capacités à danser.

Pour le musée, ces ateliers permettent d’ouvrir un accès plus large à ses collections, de faire vivre les espaces et de valoriser une approche multisensorielle du lieu.

Cela contribue également à développer un accès à la culture dans un cadre inclusif et adapté, à rompre l’isolement et à ouvrir la tango-thérapie a un public élargi.

Et qu’en pensent les participantes et les participants à ces séances ? Qu’ils soient atteints par la maladie ou proches aidants, ils et elles évoquent le plaisir de partager une activité agréable à deux, de sortir de chez soi, de se sentir accueilli.e.s. Mais aussi le bonheur de danser au milieu des œuvres, la curiosité et la découverte, d’évoluer et d’enrichir ses connaissances malgré la maladie. On observe les mouvements devenir plus aisés, les participant.e.s plus en forme et plus mobiles à l’issue des séances. « J’oublie ma maladie », confie un participant. « Ça a été un cadeau de la maladie », témoigne une autre.

Autant de mots et de moments partagés qui nous ont conduit à poursuivre les rencontres, une fois par mois, pour que le musée résonne encore des pas de cette magnifique tango-thérapie.

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