À une époque où l’honneur exacerbé des gentilshommes et des aventuriers qui gravitent à leur entour les contraint à régler leurs différends les armes à la main, Histoire de ma vie – les mémoires dont Casanova entreprend la rédaction, en français, au soir de son existence2 – met en scène de nombreux duels3, que le Vénitien en ait été partie prenante ou simple spectateur. Accompagné de réflexions personnelles, le récit de ces affrontements, plus ou moins détaillé selon les circonstances et l’intérêt accordé à l’adversaire, apporte un éclairage de première main sur les modalités de ces combats ritualisés, qui, pour être généralement interdits, n’en sont pas moins largement répandus à travers toute l’Europe (fig. 1). Au cours de ses voyages, Casanova croisera d’ailleurs de nombreux personnages contraints de s’exiler à la suite d’un duel, tel le comte d’origine hongroise André de Tott, officier au service de France, rencontré dans une auberge de La Haye en 1760 : « Il me dit qu’il était sorti de France pour s’être battu avec quelqu’un qui l’avait plaisanté sur ce qu’il ne s’était pas trouvé à la bataille de Minden ayant exprès tardé à rejoindre son corps. Il lui prouva sa bravoure lui donnant un coup d’épée » (HMV, II, 266).
L’art du duel selon le chevalier de Seingalt
En marge de l’exposition Casanova à Genève. Un libertin chez Calvin
L’exposition Casanova à Genève. Un libertin chez Calvin, qui se tient au Musée d’art et d’histoire (MAH) jusqu’au 1er février 2026, est l’occasion de découvrir d’autres facettes de ce personnage resté fameux pour ses aventures galantes. Parmi les quelque 300 pièces présentées, plusieurs épées et pistolets viennent témoigner des multiples dangers affrontés par Giacomo Casanova (Venise, 1725 – Dux, Bohême, 1798), chevalier de Seingalt1, au cours de sa vie de grand voyageur, de joueur invétéré et de séducteur impénitent.
Fig. 1. Marcellus Laroon III (1679-1772), The Duel, vers 1768. Encre brune et crayon de graphite ; 48,7 x 33,5 cm © Londres, The British Museum, inv. 1942,1114.3.
Tandis qu’à dix-neuf ans il connait un premier moment de gloire à la suite du duel qu’un gazetier de Pesaro lui a prêté à tort, le jeune Casanova, qui vient de renoncer à la carrière ecclésiastique, décide que désormais il fera « repentir tous ceux qui lui manqueront » (HMV, I, 349). Pour ce fils de comédiens, qui n’aura de cesse de se « faufiler » dans la haute société, ce sera aussi une manière de soutenir ses prétentions de gentilhomme. Reliquat de l’idéal chevaleresque du combat singulier, où l’honneur se doit d’être lavé par le sang dans un affrontement d’homme à homme4, le duel au XVIIIe siècle constitue un mode de reconnaissance de l’autre, jugé digne – ou pas5 – de se mesurer avec soi, adopté par tous ceux qui entendent s’approprier les valeurs de la classe dominante. Quant à la mort en duel, elle n’est pas infamante : c’est au contraire la preuve d’honneur ultime, comme en témoigne l’écrivain. À Venise, en 1746, il désabuse une jeune comtesse abandonnée par son amant, qui espère que son frère tuera le séducteur volage en duel : « Vous vous trompez. C’est un poltron qui ne se rendra jamais digne d’une mort honorable » (HMV, I, 500).
Contrairement à quelques « ferrailleurs » croisés par Casanova au cours de sa vie, ou encore au célèbre chevalier de Saint-Georges (1745-1799), escrimeur hors pair dont le combat à Londres, en 1787, contre l’énigmatique chevalier d’Éon (1728-1810), espion de Louis XV travesti en femme6, devait rester dans l’histoire (fig. 2), le Vénitien pratique le duel plus par nécessité que par goût – bien qu’il ait pu, à l’occasion, avoir eu envie d’en découdre. Ainsi lorsqu’à Milan, au début de l’année 1749, il prend la défense l’épée à la main d’une danseuse maltraitée par son souteneur, il avoue : « j’avais envie d’un duel, et celui-ci me paraissait filé au mieux, car toute la raison était de mon côté » (HMV, I, 561).
Fig. 2. Alexandre-Auguste Robineau (1747-1828), Le Duel entre le chevalier de Saint-Georges et le chevalier d’Éon (9 avril 1787), vers 1787-1789. Huile sur toile ; 64,1 x 75,8 cm © Royal Collection Trust, inv. rcin 400636.
Si le plaisir du combat en lui-même reste exceptionnel chez Casanova, qui écrit plus loin : « Je n’ai jamais craint de croiser mon épée avec le premier venu, sans avoir pourtant jamais recherché le barbare plaisir de répandre le sang d’un homme » (HMV, II, 891), ses mémoires témoignent des innombrables motifs pouvant se solder par un duel. Ceux-ci frappent souvent par leur futilité. En 1750, dans la diligence qui l’emmène de Lyon à Paris, un compagnon de voyage avait pourtant averti l’impétueux Vénitien de se modérer lorsqu’il contredit un interlocuteur : « Non n’est pas un mot français. Dites pardon : cela revient au même, et ne choque pas. Non est un démenti. Laissez-le, Monsieur, ou préparez-vous à Paris à mettre l’épée à la main à tout bout de champ » (HMV, I, 704 ; fig. 3).
Fig. 3. Épée de ville, Allemagne, vers 1760. Acier gravé et doré, argent coulé et ciselé, bois, cuir, fer ; long. 90,2 cm © MAH, photo : Flora Bevilacqua, inv. B 0136
Cette salutaire leçon de politesse française ne l’empêchera pas de s’attirer des ennuis par son ironie mordante. Lorsque deux ans plus tard, à Paris, il se venge par un calembour d’une aubergiste nommée Condé qui l’a filouté, ajoutant sur la facture qu’elle lui présente le mot Labré (con délabré), il se voit abordé peu après par un ami de la dame qui veut lui « couper la gorge », car il a « insulté une femme [qu’il] protège » (HMV, I, 887). La même année, une autre pique lui vaut un duel – bien plus gratifiant – avec le comte Nicolas Jules de la Tour d’Auvergne d’Apchier (1720-1790), lieutenant général des armées du roi. Dans un premier temps, Casanova tente d’éviter l’affrontement : « C’est bien désagréable, monsieur le Comte, que vous veuillez me faire payer si cher un bon mot. Vous me faites infiniment de l’honneur ; mais j’aime mieux vous en demander pardon, si cela peut empêcher cette fâcheuse affaire ». À l’issue du combat, l’aristocrate, légèrement blessé mais ayant satisfait à son honneur, prie l’aventurier « d’être son ami à l’avenir » (HMV, II, 89-90), lui conférant une sorte d’anoblissement symbolique. En Hollande enfin, durant l’hiver 1758, Casanova se voit provoqué en duel par le fils d’un bourgmestre de Rotterdam, curieux de voir « si [s]on épée piquait comme [s]a langue » (HMV, II, 145). Il peut même s’agir d’une simple question de priorité routière : lors de ce même séjour en Hollande, Casanova défie un jeune homme dont le cocher refuse de céder le passage à la voiture de poste dans laquelle il voyage. Plus sage que lui, son adversaire répond en souriant « qu’il n’avait pas d’épée, et que d’ailleurs il ne se battrait pas pour une raison si ridicule » (HMV, II, 121).
Fig. 4. Dirk Langendijk (1748-1805), La Querelle de jeu, Pays-Bas, 1795. Lavis d’encre de Chine ; 12,7 x 26,5 cm © Paris musée de l’Armée, inv. 13607.
À côté de quelques passes d’armes avec des rivaux jaloux, mais aussi des inévitables conflits avec des escrocs ou des joueurs habiles à « corriger la fortune », c’est-à-dire à tricher (fig. 4), Casanova se bat avant tout pour l’honneur : « L’honnête homme qui porte une arme doit toujours être prêt à s’en servir pour repousser une injure qui blesse son honneur, ou pour rendre honneur d’une injure qu’il peut avoir faite. Je sais que c’est un préjugé que l’on qualifie, et peut-être avec raison, de préjugé barbare, mais il est des préjugés sociaux auxquels l’homme d’honneur ne saurait ses soustraire » (HMV, II, 886). Il n’est pas insensible non plus à la gloire – non sans une certaine forfanterie : après sa fuite rocambolesque de Stuttgart au début d’avril 1760, il invite les officiers qui l’ont fait mettre en prison pour dettes de jeu à solder leurs comptes par un duel, espérant « de les tuer tous les trois, et de [s]e rendre par là célèbre dans toute l’Europe » (HMV, II, 349).
Cette célébrité, il la gagnera six ans plus tard grâce au retentissant duel qu’il remporte à Varsovie, le 5 mars 1766, sur le comte Franciszek Ksawery Branicki (1730-1819), Grand-Panetier de la Couronne, colonel des hussards et ami du roi de Pologne Stanislas II Poniatowski (fig. 5) : « Nulle galanterie à Varsovie. Je ne devais me souvenir de cette capitale que parce que c’était là que j’avais eu le bonheur de convaincre le monde qui me connaissait que je faisais plus cas de l’honneur que de la vie » (HMV, III, 440). À l’instar du récit de son évasion de la prison des Plombs à Venise, l’histoire de son duel avec ce grand seigneur polonais, rapportée par toutes les gazettes européennes, va faire les délices des salons aristocratiques7 : « Je la narrais volontiers, car j’en étais vain » (HMV, III, 442).
Fig. 5. Johann Baptist von Lampi (1751-1830), Portrait de Franciszek Ksawery Branicki avec ses fils Aleksanderet Władysław, 1790-1791. Huile sur bois ; 52 x 34 cm © Muzeum Narodowe w Warszawie, inv. MP 4418 MNW.
L’affaire a pour cause une brève altercation dans la loge de la danseuse vénitienne Anna Binetti, vieille connaissance de Casanova et amante de Branicki. Si Casanova se félicite de n’avoir pas immédiatement tiré son épée sous le coup de l’affront, son honneur – et celui de sa patrie, son rival l’ayant traité de « poltron vénitien » (HMV, III, 400) – exigent réparation : aussi réclame-t-il un duel. Accordé par un si haut personnage, celui-ci donnerait en quelque sorte à l’aventurier ses lettres de noblesse. Le prince de Ligne, ami Casanova, a également eu l’occasion de recueillir le témoignage de Branicki8. Il rapporte que ce dernier, prudent, s’enquiert au préalable de la condition sociale de son adversaire, semblant n’accepter le cartel (défi) du Vénitien qu’en vertu d’une appartenance maçonnique commune : « Eh bien volontiers, mais êtes-vous gentilhomme ? Plus que cela, Monseigneur, je suis de votre société ». Casanova comprend parfaitement les réticences du comte : « Je vous entends, Monseigneur, [ce duel] me fera plus d’honneur qu’à vous, c’est pour cela que je le veux. »
Branicki lui ayant d’abord laissé le choix des armes, le Vénitien, qui souhaite mener l’entreprise avec noblesse, demande satisfaction l’épée à la main (fig. 6). Il lui envoie la mesure de son arme, qui est de 32 pouces (environ 87 cm).
Fig. 6. Épée de ville, lame signée Pieter Loos, Amsterdam, milieu du XVIIIe siècle. Acier gravé, laiton coulé, ciselé et doré ; long. 86 cm © MAH, photo : Flora Bevilacqua, inv. B 0494.
Mais Branicki imposera finalement un duel à l’arme à feu, car « [il] ne [s]e bat pas à l’épée avec des inconnus » (HMV, III, 406). Les adversaires s’affronteront donc avec les pistolets du comte, qui précise : « Ils sont du bon faiseur, de Kuchelreiter ». Assertion tout à fait crédible, les armes produites par les Kuchenreuter (ou Kuchenreiter) – célèbre dynastie d’arquebusiers originaire de Ratisbonne en Bavière, qui comptait parmi sa clientèle de nombreux souverains européens – étant réputées pour leur haute qualité (fig. 7).
Fig. 7. Joseph II Kuchenreuter (1753-1830), paire de pistolets à silex, Ratisbonne, vers 1785-1790. Acier, argent, noyer, corne ; long 40,3, calibre 1,26 cm © MAH, photo : Flora Bevilacqua, inv. A 0261-A 0278. Cette paire de pistolets – exposée dans la Salle des Armures du MAH – a été léguée en 1874 à la Ville de Genève par le duc Charles II de Brunswick (1804-1873).
Bien que le Polonais ait averti son adversaire qu’il tirait « à merveille », il se retrouve grièvement blessé au ventre, tandis que Casanova est touché à la main gauche. Plus tard, une fois Branicki hors de danger, le Vénitien répondra plaisamment à la sœur de celui-ci, qui lui reproche de ne pas avoir tenu sa main derrière son corps : « Je pensais plutôt, Madame, à tenir mon corps derrière ma main » (HMV, III, 420).
Ce sera là l’unique affrontement au pistolet de Casanova9, dont les quelque onze duels qu’il raconte dans ses mémoires ont tous été gagnés à la pointe de l’épée. Arme redoutable en même temps qu’accessoire de mode, l’épée est aussi un signe ostentatoire de distinction sociale, réelle ou prétendue : c’est l’attribut du gentilhomme, dont elle parfait l’apparat vestimentaire (fig. 8-9).
Fig. 8. Jacques Saint-Ours (1708-1773), L’Homme à la promenade, Genève, vers 1757-1760, détail. Sanguine, pierre noire et estompe sur papier vergé ; 33,5 x 19,3 cm (feuille) © MAH, photo : André Longchamp, inv. 1960-0039. Comme Casanova, ce patricien genevois arbore une épée et une canne. Cette dernière suffit généralement à corriger un domestique, tel l’impertinent Leduc, valet de chambre du Vénitien : « À cette répartie, je cours à ma canne ; mais leste il monte sur la fenêtre, et il saute en bas. » (HMV, II, 594).
Fig. 9. Attribué l’orfèvre Jean Ducrollay (1710-1787), Modèle de monture d’épée de ville, Paris, vers 1760. Plume, encre noire et rehauts d’aquarelle sur papier ; 20,6 x 9 cm © Londres, V&A, inv. E.897:77-1988.
Sous le règne de Louis XV, l’épée de ville, ou épée de cour, portée avec le costume civil, montre en effet une lame et une monture profusément ornées de délicats décors gravés et ciselés, volontiers rehaussés d’or ou d’argent (fig. 10a-c), voire de porcelaine ou de pierres précieuses. Plus courte que l’ancienne rapière et conçue pour frapper uniquement d’estoc (c’est-à-dire avec la pointe), elle est réservée à l’entraînement en salle et au duel. À la différence du pistolet, elle permet de moduler l’échange en fonction de la gravité de l’offense et de la détermination des adversaires : ils peuvent décider de cesser le combat au premier sang, ou au contraire de croiser le fer à outrance. En 1761, c’est le frère de Casanova, Francesco, établi comme peintre à Paris, qui à la suite d’un impair se voit menacé par le marquis de Nesle, officier aux gardes françaises : ayant présenté sa maîtresse dans la « bonne compagnie » comme sa femme, il doit l’épouser dans la huitaine « ou accepter avec lui un duel au dernier sang », car « son imposture était un affront pour toute la société » (HMV, II, 850).
Fig. 10a-c. Jacques Antoine Piget (marchand fourbisseur actif à Paris dans le 3e quart du XVIIIe siècle), épée de ville avec fourreau, Paris, vers 1760-1770. Acier gravé, coulé, ciselé, doré, argenté et bleui, argent et filigrane d’argent, bois, galuchat, velours ; long. 105,8 cm © MAH, photo : Flora Bevilacqua, inv. B 0272.
Pour terminer, comment expliquer que Casanova – qui n’appartient pas à la noblesse et n’a pas été formé, dès sa jeunesse, au maniement des armes – soit toujours parvenu à vaincre et à blesser son adversaire ? Et ce, sans pour autant livrer une version idéalisée de ses duels, puisqu’il lui arrive aussi d’avoir des suées froides, comme lors de l’affrontement avec le fils du bourgmestre de Rotterdam, auquel il tente d’abord de présenter ses excuses : « Il prend cela pour de la peur, et il m’allonge un coup qui me fit dresser les cheveux. Il me perça la cravate à ma gauche, son épée passant outre ; quatre lignes [9 mm] plus en dedans il m’aurait égorgé. J’ai fait avec effroi un saut de côté, et déterminé à le tuer, je l’ai blessé à la poitrine » (HMV, II, 145).
S’il attribue ses succès à sa fameuse « botte droite qui ne [ne lui] a jamais manqué sans avoir besoin du moindre ferraillement » (HMV, II, 269), sa technique de combat, simple et efficace, repose avant tout sur l’effet de surprise : il va droit à l’essentiel, lançant sans attendre son premier assaut pour prendre l’avantage. Car comme il l’explique dans Il Duello, « le premier précepte qu’on donne à celui qui part se mesurer en duel est celui d’empêcher l’ennemi de nuire, le plus rapidement possible10. » Dans l’action, le Vénitien se révèle un adversaire remarquable par son sang-froid et sa détermination, plein de panache, mais sans scrupules excessifs. Si sa haute stature – près de 1,90 mètre – lui confère un avantage certain, ce sont surtout son agilité et sa rapidité qui sont déterminantes. Sa façon de se battre reflète la nature profonde d’un personnage sachant faire montre, au besoin, du pragmatisme nécessaire à sa vocation d’homme libre, doué d’un solide appétit de vivre et fermement déterminé à défendre sa bourse, sa vie et cet honneur qu’il chérit par-dessus tout.
Notes
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3.
Sur ce sujet, voir notamment Jean-Claude Hauc, « Casanova escrimeur », L’Intermédiaire des casanovistes, XXVIII, 2011, p. 13-16 ; Guy-David Toubiania, « Duel et substitution chez Casanova », Littératures, 40, printemps 1999, p. 151–156 ; Gérard Lahouati, « Envie de duel », Avec Casanova. Penser, songer et rire, Paris : Classiques Garnier, 2020, p. 55-72 ; Stanisław Świtlik, « Le duel préfiguré de Casanova et Branicki dans Il duello et dans l’Histoire de ma vie », Orbis Linguarum, 55, 202, p. 731-743.
- 4.
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5.
À plusieurs reprises, Casanova déclinera une invitation à se battre émanant d’un personnage qu’il considère comme inférieur ou peu respectable : « connaissant cet homme pour un brutal, grossier, ivrogne, toujours prêt à ferrailler pour un oui ou pour un non, je pris le parti de me taire […], ne voulant point me compromettre avec un homme de son espèce. » (HMV, II, 885).
- 6.
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7.
Avant d’être intégré à Histoire de ma vie, l’épisode avait fait l’objet d’une publication indépendante dans Il Duello ovvero Saggio della vita di G. C. Veneziano, texte publié pour la première fois dans le fascicule de juin 1780 des Opusculi miscellanei, dont Casanova fut l’unique rédacteur ; traduction en français dans HMV, III, 1133-1186.
- 8.
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9.
Quatre ans avant son affaire avec Branicki, Casanova avait été profondément marqué par un combat au pistolet dont le récit détaillé qu’il en a laissé est particulièrement éclairant sur les prémisses et les mécanismes du duel. À la suite d’une querelle au jeu de billard, un certain Schmidt, officier suisse au service de Suède, se bat contre un officier français. Avec panache, il laisse son adversaire tirer le premier, puis recommencer : « Je crus qu’il était fou », rapporte l’écrivain, impressionné par le sang-froid de Schmidt. Son adversaire ayant à nouveau manqué son coup, il tire alors une première fois en l’air, puis l’abat d’une balle en plein front : « J’étais ébahi, conclut Casanova, car un duel semblable me paraissait un rêve, un fait de roman, plus qu’une réalité. Je n’en revenais pas, car je n’avais pas saisi la moindre altération sur la figure impassible du Suisse » (HMV, II, 887-888).
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