MARC-OLIVIER WAHLER : Tout part de notre rencontre John, et toute cette histoire de carte blanche qui m’a suivi tout au long de ma carrière vient de toi. À l’époque, je dirigeais le Swiss Institute à New York et je voulais t’inviter en imaginant déjà ce que tu proposerais, dans le genre « potache » avec différents niveaux de lecture, différentes couches, une tapisserie, des peintures, des objets divers. Évidemment, tu as fait exactement l’inverse : « On va faire une expo avec une cinquantaine d’artistes, et il n’y n’aura rien à voir. Parce qu’en gros, ce qu’on va leur demander, c’est de produire des œuvres, soit invisibles, soit pas plus grandes qu’un timbre-poste. » C’était peut-être une des expos les plus radicales, les plus incroyables présentées au Swiss Institute. C’était absolument génial ! En entrant dans l’espace, il n’y avait rien, excepté une liste des noms de 50 artistes. Le temps que le regard s’habitue – un peu comme dans l’obscurité ou quand on passe du macro au micro –, on commençait à percevoir toutes ces œuvres installées au sol, au plafond, à la fenêtre, etc. Comment as-tu vécu l’expérience de ton point de vue ? Avais-tu déjà en tête cette exposition avec l’intention de me surprendre et faire l’inverse de ce que j’imaginais ?
JOHN M ARMELDER : Non, pas dans ces termes, mais j’avais toujours eu envie de faire un projet de ce type, et je pensais que tu étais la « victime » idéale. C’est comme ça qu’est né ce projet. Et effectivement, j’ai invité plein d’artistes – dont certains très connus. Ce qui était drôle c’est de voir les gens chercher partout les œuvres. Parfois, les gens ont même cru que l’exposition était annulée.
[…]