La méthode Feldenkrais au Musée d’art et d’histoire

Depuis plusieurs années, le bien-être et la muséothérapie sont au cœur des questionnements de la médiation culturelle du MAH. Le public est invité à vivre de nouvelles expériences au contact des œuvres. Aux côtés d’un médiateur culturel et d’un professionnel - art-thérapeute, danseuse, professeur de méditation, de yoga ou de Pilates - les visiteurs découvrent une œuvre ou une exposition en méditant, en bougeant, en respirant ou même en dansant. Cette approche, dite sensible, engage tout à la fois les émotions, le corps, les sens et l’imaginaire.

C’est dans cette optique qu’est née cette nouvelle collaboration avec l’Association Feldenkrais Genève.

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La méthode Feldenkrais

La méthode Feldenkrais s’invite au musée depuis l’exposition de Carol Bove : La genevoise. Mais de quoi s’agit-il ?

L’accent est mis sur les mouvements qui façonnent la vie quotidienne d’une personne et sur les possibilités de les varier de manière appropriée. Il permet aux personnes d’élargir leur conscience grâce à la perception de séquences de mouvement et d’obtenir une plus grande différenciation sensorimotrice. Il s’agit, par exemple, de pallier un mouvement douloureux en montrant de nouvelles alternatives de mouvement.

La méthode peut ainsi être utilisée pour retrouver une mobilité complète après des blessures en rééducation et pour réduire les douleurs causées par une mauvaise posture. Elle aide à maintenir une activité mentale et physique jusqu’à un âge avancé. Elle peut également être utile aux musiciens, danseurs et athlètes.

Moshé Feldenkrais voyait la pensée, la perception et le mouvement humains comme des ingrédients communs de l’action humaine. L’idée décisive pour lui était la capacité humaine d’auto-éducation basée sur les souhaits et les possibilités de l’individu. Pour développer sa méthode, il s’appuie sur des décennies de travail en tant que professeur de judo. Il ne s’agit pas d’exercices physiques au sens conventionnel du terme, mais de séquences de mouvements lentes et calmes qui s’appuient les unes sur les autres par petites étapes.

L’objectif est de changer et de développer ensemble plusieurs éléments : le mouvement, la perception sensorielle, le sentiment et la pensée.

Le Feldenkrais au musée : une manière inhabituelle de rencontrer l’art

Et si l’on visitait un musée autrement, non seulement avec les yeux, mais aussi avec tout le corps ?

Avec la méthode Feldenkrais, on prend le temps de s’installer dans l’espace, de bouger lentement, d’écouter ses sensations. Cette attention à soi transforme la visite : on ne se contente plus de regarder les œuvres, on les ressent. On s’imprègne de la lumière, des formes, des sons, des couleurs et des matériaux.

C’est une autre manière d’explorer un lieu… et de se découvrir soi-même.

La méthode Feldenkrais, centrée sur l’exploration consciente du mouvement et de la perception corporelle, favorise une meilleure connaissance de soi et de son environnement. À travers des explorations guidées — allongé au sol, debout, assis ou en marchant — on apprend à vivre avec plus de confort, de fluidité, et moins d’effort. L’environnement joue un rôle essentiel : la gravité, l’espace autour de soi, des objets… tout devient matière à perception et à transformation.

Pratiquer dans un musée, c’est habiter le lieu autrement. Ce contexte singulier stimule la créativité et offre un terrain fertile pour imaginer des leçons riches de sens. Le corps entre en dialogue avec les œuvres, l’architecture, les ambiances. On ralentit, on respire, on sent, on regarde autrement. On devient acteur de la visite, attentif, curieux. Les œuvres deviennent des partenaires, qui invitent à voir, à ressentir, à explorer. On s'enrichit.

Ainsi, le musée se transforme en un espace vivant, accueillant, où l’on peut vraiment être.

Public dans l'exposition La Genevoise

Une leçon dans l’exposition de Carol Bove

Quand les participants arrivent, certains connaissent déjà la méthode Feldenkrais, d’autres en ignorent tous les aspects. La médiatrice culturelle introduit l’exposition et la salle dans laquelle ils se trouvent. Ce jour-là, il s’agissait de la deuxième grande salle du rez-de-chaussée qui, durant l’exposition La genevoise, était complètement vide avec un long socle blanc qui symbolisait la ligne du temps. Cette salle ainsi exposée nous invitait à découvrir le décor du musée : la mosaïque du sol, les peintures du plafond ou encore la cathédrale, visible depuis les grandes fenêtres.

Debout, le praticien invite d’abord le public à se déplacer dans la salle en marchant au rythme qu’il souhaite. Il parle de la respiration et propose à chacun de la ressentir le plus profondément possible. Vient ensuite la question du regard : le public prend-il le temps d’observer ce qui l’entoure ou est-il trop concentré sur le mouvement ou sur la respiration ? Certains participants le verbalisent, non, ils ne regardent pas ce qui les entoure. Il n’y a rien à regarder.

Il s’agit ensuite de ressentir le poids de son corps bien ancré dans le sol. Puis, le groupe se balance légèrement et penche en avant pour ressentir la gravité et l’équilibre fragile des corps. Plus les balancements se prolongent, plus les corps parviennent à se maintenir.

C’est alors au tour du regard. Le public choisit un point de vue et est invité à bouger dans la salle sans jamais lâcher le détail des yeux. Puis à l’inverse, la tête reste en direction de ce qui est regardé mais le regard balaie ce qui l’entoure.

Plus tard, le groupe ouvre et referme ses bras en ciblant un autre détail. Il l’encadre de ses mains et desserre l’étreinte imaginaire. Les perspectives changent. La salle est passée au crible par de simples mouvements du corps.

La séance se termine par une marche lente pour observer à nouveau le mouvement des regards. À quoi s’attachent-ils, combien de temps ? Le mouvement de la marche influe-t-il encore ce que nos yeux regardent, à quel rythme ? Le public marche-t-il plus lentement pour tout voir après les exercices effectués ? Le regard ainsi entraîné est-il plus enclin à tout appréhender, tout décrypter ? Le public est unanime, oui, il a tout vu : les statues néoclassiques, la vue depuis les fenêtres, les signes astrologiques au plafond, les motifs de la mosaïque au sol, la structure métallique noire conçue par Carol Bove.

Affiche pour les 10 ans de l'association

La suite ?

Le Musée d’art et d’histoire s’associe à l’association Feldenkrais Genève à l’occasion de ses 10 ans pour une soirée découverte de la collection beaux-arts. Il s’agira de découvrir différentes salles, en compagnie d’une médiatrice culturelle et de plusieurs praticiens pour faire l’expérience de l’art avec le corps, le jeudi 20 novembre dès 18h30.

Article rédigé par Alix Fiasson et Agnieszka Szczepanek

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