Casanova à Genève

Un libertin chez Calvin

À l’occasion du 300e anniversaire de la naissance de Giacomo Casanova (Venise, 1725 – Dux, Bohême, 1798), le Musée d’art et d’histoire (MAH) propose jusqu’au 1er février 2026 une exposition en hommage à cette figure emblématique du XVIIIe siècle, qui a séjourné à plusieurs reprises dans la Cité de Calvin au cours de ses voyages à travers l’Europe. Accueillant de nombreuses œuvres rarissimes, voire inédites, la manifestation invite à un passionnant voyage sur les traces d’un homme libre dont l’histoire continue de fasciner.

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Peu nombreux sont ceux destinés à voir leur patronyme devenir un nom commun, à l’instar de Giacomo Casanova, dont le nom est passé dans le langage courant comme synonyme d’homme à femmes. Popularisé par ses diverses incarnations dans la littérature, au cinéma ou dans la bande dessinée, le personnage demeure jusqu’à aujourd’hui l’archétype de l’aventurier à la réputation sulfureuse. Mais loin de se limiter au rôle qui a forgé sa légende, le Vénitien se distingue par sa grande curiosité intellectuelle et la diversité des activités auxquelles il s’est essayé. Tour à tour abbé, violoniste, joueur, occultiste, franc-maçon, entrepreneur, diplomate, conseiller des princes ou espion, mais également homme de lettres prolifique, ce brillant chevalier d’industrie a parcouru l’Europe entière. Fréquentant aussi bien les salons de l’aristocratie que les lieux mal famés, il a rencontré la plupart des célébrités de son temps.

Portrait de Casanova

Francesco Maria Narice (Gênes, vers 1722-1785), Portrait présumé de Giacomo Casanova à l’âge d’environ trente à trente-cinq ans, vers 1755-1760, huile sur toile ; 152 x 130 cm © Gênes, collection Bignami, photo : Mauro Davoli.

Au soir de sa vie, devenu bibliothécaire au château de Dux (Duchcov, République tchèque), Casanova trompe son ennui en couchant sur le papier l’extraordinaire « roman vécu » qu’a été sa vie : Si dans l’espoir que j’ai de plaire je me trompe, écrit-il dans sa préface, j’avoue que j’en serais fâché, mais non pas assez pour me repentir d’avoir écrit, car rien ne pourra faire que je ne me sois amusé. Intitulées Histoire de ma vie, les mémoires du Vénitien doivent certes leur célébrité à la description circonstanciée – et romancée, parfois – de ses aventures et de ses intrigues galantes. Elles n’en constituent pas moins une véritable « encyclopédie du XVIIIe siècle » (Blaise Cendrars) qui permet, à travers les nombreuses citations et anecdotes qui en sont tirées, de contextualiser les œuvres présentées à travers le regard de ce fin connaisseur de la culture matérielle de son temps.

Tout en illustrant certains attendus autour de la figure du Vénitien, l’exposition évoque ses différents séjours dans la Cité de Calvin entre 1750 et 1762. La ville, qui connaît alors une économie prospère et un rayonnement culturel exceptionnel, sert de cadre à quelques épisodes marquants de sa vie. Ils concentrent trois facettes essentielles de sa personnalité : l’amoureux, le libertin et le littérateur.

Gros plan sur une sélection d’œuvres

Après des études de droit à l’Université de Padoue, une brève carrière ecclésiastique et un éphémère passage dans la marine militaire vénitienne, Casanova entame en 1745 une vie d’aventurier cosmopolite. Arrêté à Venise le 26 juillet 1755 et enfermé sous les Plombs, dans les combles du palais des Doges, il s’échappe de cette prison réputée inviolable une année plus tard. Mais si le récit de sa spectaculaire évasion lui assure partout des succès mondains, l’éloignement de sa ville natale lui pèsera de plus en plus : Après avoir parcouru toute l’Europe, constate-t-il en 1769, l’envie de retourner à la patrie m’avait gagné à un point qu’il me paraissait de ne pouvoir plus vivre ailleurs. Ce n’est qu’en 1774, après 18 ans d’exil, qu’il obtiendra sa grâce des Inquisiteurs d’État.

Vue de Venise

Antonio Visentini (Venise, 1688-1782) d’après Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (Venise, 1697-1768), Venise, la Riva degli Schiavoni vue depuis le Môle, 1742, eau-forte ; 35,1 x 51,6 cm (feuille). Achat, 1972, inv. E 72-0125-025 © MAH.

Chaise à porteurs

Chaise à porteurs, France ?, milieu du XVIIIe siècle, bois sculpté et doré, toile peinte, verre, velours, fer, laiton doré, cuir goudronné ; 170 x 96 x 76 cm (caisse), long. 258 cm (bâtons de chaise). Achat, 1881, inv. N 0559 © MAH, photo : Bettina Jacot-Descombes.

Le seul système que j’eus, si c’en est un, fut celui de me laisser aller où le vent qui soufflait me poussait. Pendant plus d’un demi-siècle, par caprice ou selon les nécessités du moment, Casanova sillonne le Vieux Continent en quête d’emplois et de riches protecteurs. Au cours de ses pérégrinations, dont la longueur totale a été évaluée à quelque 67 000 km, Casanova fait usage de tous les moyens de locomotion, y compris la chaise à porteurs. En 1764 par exemple, celle-ci lui permet d’échapper aux outrages de la populace londonienne : On fit venir une chaise pour me transporter [au tribunal], car habillé comme j’étais [avec un si impertinent luxe], la canaille m’aurait jeté de la boue si j’y fusse allé à pied ».

Genève, place Bel-Air, en 1802

Christian Gottlieb Geissler (Augsbourg, 1729 – Genève, 1814), Genève, place Bel-Air, détail, 1802, eau-forte, burin et aquarelle sur vélin ; 35,6 x 55 cm (trait carré). Dépôt de la Fondation Jean- Louis Prevost, 1985 © Bibliothèque de Genève, inv. vg 2638.

Reconnaissable à son enseigne, l’hôtel des Balances a accueilli de nombreuses personnalités, dont Goethe, Schopenhauer ou Stendhal, avant d’être démoli en 1905 lors de l’élargissement de la rue du Rhône. Habitué à ne fréquenter que les meilleurs établissements, l’aventurier y descend à chacun de ses séjours à Genève.

C’est au début du mois de février 1750 que Casanova s’arrête pour la première fois dans la Cité de Calvin. Ce séjour marque l’épilogue de son histoire d’amour avec Henriette, une jeune aristocrate provençale en rupture de ban rencontrée en Italie quelques mois auparavant. Ayant négocié son retour dans sa famille, elle a demandé à son amant de l’accompagner à Genève, où le banquier Tronchin doit lui fournir un viatique pour son retour à Aix-en-Provence. Une fois Henriette partie vers la France, le Vénitien effondré découvre le dernier message de sa bien-aimée, gravé à la pointe d’un diamant sur l’une des fenêtres de leur chambre de l’hôtel des Balances : Tu oublieras aussi Henriette.

Préservatif du

Jacques Casanova de Seingalt, Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt écrits par lui-même, Bruxelles : J. Rozez, 1872, tome IV, pl. 60, détail © Gênes, collection Bignami.

Préservatif, Angleterre, fin du XVIIIe siècle ?, peau d’intestin de mouton, décor à l’encre ; long. 21 cm © Lisbonne, Museu da Farmácia, inv. 10308.

Acquis à Londres auprès d’un collectionneur d’objets insolites, ce préservatif était attribué par son ancien propriétaire au marquis de Sade (1740-1814), figure emblématique du XVIIIe siècle libertin.

Si le bref passage de Casanova à Genève en 1750 a mis en scène l’amoureux, ceux de 1760 et 1762 consacrent le libertin. Dans la construction du récit de son séjour de 1760, le narrateur alterne la description de ses visites chez Voltaire, dans sa propriété des Délices, avec celle de ses orgies nocturnes. C’est un syndic rencontré chez le philosophe qui, tout en lui recommandant la plus grande discrétion, va l’initier aux plaisirs qu’on pouvait se procurer vivant à Genève. Afin d’éviter le funeste embonpoint à ses trois amies, le magistrat prie Casanova de poursuivre à [s]e tenir sur [s]es gardes sur l’article de les engrosser, car ce malheur leur serait fatal dans une ville aussi difficile, et minutieuse sur cet article comme Genève. À cet effet, il l’invite à faire usage de fines redingotes d’Angleterre. Durant l’été 1762, l’aventurier aura aussi recours à ces petites bourses avec ses deux autres conquêtes genevoises : Hedwige, la belle et savante théologienne, et sa jeune cousine Hélène.

Pistolets et épée

Paire de pistolets à silex, Franz Anton Peret (actif en Bohême dans le 2e quart du XVIIIe siècle), Leitmeritz (Bohême), vers 1730, acier, or, noyer, corne, ivoire ; long 50 x calibre 1,5 cm. Acquisition par échange, 1967, inv. AA 2025-0001 © MAH, photo : Flora Bevilacqua.

Épée de ville, Allemagne, vers 1760, acier gravé et doré, argent coulé et ciselé, bois, cuir, fer ; long 90,2 cm. Don d’Hippolyte Jean Gosse, 1871, inv. B 0136 © MAH, photo : Flora Bevilacqua.

Arme redoutable en même temps qu’accessoire de mode, l’épée est avant tout un symbole de statut social. C’est l’attribut du gentilhomme, dont elle garantit l’honneur à travers le duel, reliquat de l’idéal chevaleresque de la noblesse.

Casanova n’est jamais en défaut lorsqu’il s’agit de parer aux risques de sa vie de voyageur, de joueur et de séducteur… Impressionnant par sa stature – près de 1,90 m – et son sang-froid, l’aventurier n’hésite pas à recourir aux armes pour garantir sa vie, sa bourse et surtout son honneur : L’honnête homme qui porte une arme, doit toujours être prêt à s’en servir pour repousser une injure qui blesse son honneur, ou pour rendre honneur d’une injure qu’il peut avoir faite. Je sais que c’est un préjugé que l’on qualifie, et peut-être avec raison, de préjugé barbare, mais il est des préjugés sociaux auxquels l’homme d’honneur ne saurait ses soustraire. À l’instar du récit de son évasion des Plombs en 1756, l’histoire de son glorieux duel au pistolet avec l’aristocrate polonais Franciszek Ksawery Branicki (1730-1819) à Varsovie dix ans plus tard lui ouvre les portes des salons de la haute société européenne : Je la narrais volontiers, car j’en étais vain, avoue-t-il.

Coffret de jeu

Coffret de jeu de quadrille, France, 2de moitié du XVIIIe siècle, bois, dorure, laiton, soie, passementerie, os gravé et teinté ; 4,8 x 18,8 x 15,5 cm. Provient de la famille Tronchin. Don de Louis Pricam, 1927, inv. 012540 © MAH, photo : Bettina Jacot-Descombes.

Populaire au XVIIIe siècle dans les classes aisées de la société, le quadrille est l’un des innombrables jeux de cartes cités par Casanova dans ses mémoires.

Au XVIIIe siècle, le jeu occupe une place privilégiée dans la vie quotidienne de la haute société, dont il meuble les longues heures d’oisiveté. Mais bien que souvent interdits, les jeux d’argent, en particulier les jeux de cartes comme la bassette et le pharaon, font fureur dans toutes les couches de la population, entretenant de nombreux joueurs professionnels. Pour Casanova, qui n’hésite pas à corriger la fortune à l’occasion, ce passe-temps constitue aussi un revenu d’appoint lui permettant de mener la vie de grand seigneur qu’il affectionne : Ce qui m’obligeait à jouer était un sentiment d’avarice. J’aimais la dépense, et le cœur me saignait quand je ne pouvais pas le faire avec de l’argent gagné au jeu.

Manteau de robe

Manteau de robe à la française (dos), France ?, vers 1760, soie, ruban, tulle brodé, toile de lin, crochets métalliques ; 150 x 80 cm. Don de Francine Dugerdil, 2023, inv. AA 2023-0051 © MAH, photo : Bettina Jacot-Descombes.

En dépit de lois somptuaires détaillées, le luxe vestimentaire des élites genevoises du XVIIIe siècle n’a rien à envier à celui de la noblesse et de la haute bourgeoisie des grandes villes françaises. L’interdiction des robes à paniers en 1747 montre que cette mode se répand à Genève aussi.

Gilet (détail), France, 1775-1780, taffetas de soie lamé argent, broderie de fil métallique or, paillettes, clinquants ; haut. 78 x larg. 47 cm. Don d’Odile de Morsier, 1992, inv. AD 8194 © MAH, photo : Bettina Jacot-Descombes.

« Toujours soigné comme un Narcisse1 » et « vêtu avec magnificence2 », Casanova maîtrise les codes vestimentaires de la haute société dans laquelle il évolue. Fin connaisseur en dentelles et en étoffes, le Vénitien ne manque jamais de décrire en détail ses costumes, ainsi que les somptueux atours qu’il offre à ses maîtresses, dont la fameuse Henriette : Au dessert j’ai vu arriver la marchande lingère avec deux autres femmes, dont une qui était marchande de modes parlait français. L’autre avait des échantillons pour toutes sortes de robes. J’ai laissé qu’Henriette ordonnât tout ce qu’elle voulait en coiffes, bonnets et garnitures à la première ; mais j’ai voulu absolument m’en mêler pour le choix des robes, accordant cependant mon goût avec celui de mon adorée.

Montre et tabatière

Montre sur châtelaine, Abraham Collomby (Genève, 1702-1776), Genève et Paris, vers 1750, or gravé et ciselé, émail peint, brillants, laiton doré, verre moulé ; diam. 4,5 cm (montre), haut. totale 16 cm. Achat, 1920, inv. M 0980 © MAH, photo : Flora Bevilacqua.

Tabatière, Scène pastorale (couvercle), Claude Lisonnet († 1761), Paris, vers 1753-1754, or ciselé, émail peint ; 4,1 x 8,05 x 6,02 cm. Don de Xavier Givaudan, 1966, inv. AD 1937 © MAH, photo : Bettina Jacot-Descombes.

Il m’annonça pour riche, et j’en avais l’air. Mon luxe était éblouissant. Mes bagues, mes tabatières, les chaînes de mes montres couvertes de diamants […] me rendaient un personnage imposant. Les mémoires de Casanova offrent un splendide catalogue de petits objets décoratifs, bijoux, montres ou tabatières. Tout à la fois présents d’amour, récompenses ou monnaies d’échange, ces précieux accessoires servent également de placement au Vénitien, qui peut au besoin les mettre en gage – non sans réticence : Je ne pouvais pas me résoudre à me priver de mes bagues et à vider ma cassette, où j’avais montres, tabatières, autres boîtes, étuis et portraits qui valaient plus de quarante mille francs.

terrine en forme de perdrix

Johann Joachim Kaendler (Fischbach, Saxe, 1706 – Meissen, Saxe, 1775) pour la Manufacture de Meissen, terrine en forme de perdrix, vers 1750, porcelaine moulée en ronde-bosse, décor peint aux émaux polychromes ; 10 x 14,3 x 10,2 cm. Legs Gustave Revilliod, 1890, inv. AR 01405 © Musée Ariana, photo : Angelo Lui.

Casanova laisse dans ses mémoires une description étonnamment précise de ses innombrables festins. Si cet homme de tous les appétits a aimé la bonne table avec transport, l’organisation de somptueux banquets est également pour lui l’occasion d’éblouir ses hôtes : lors de son troisième séjour à Genève, en 1762, le Vénitien fait assaut de prodigalité avec le banquier Tronchin, ordonnant au tenancier de l’hôtel des Balances un repas où rien ne fut épargné […], tel que pouvait le désirer le gastronome le plus prononcé. À son tour, il constate que le dîner du banquier fut beau. Il mit beaucoup de vanité à me montrer que le repas d’un aubergiste ne peut jamais rivaliser avec celui que donne un riche maître de maison, qui a un bon cuisinier, une cave choisie […] et des porcelaines de première qualité.

Femme nue couchée, vue de dos

Atelier de François Boucher (Paris, 1703-1770), Femme nue couchée, vue de dos, vers 1740-1750, trois crayons (pierre noire, sanguine, craie blanche) et pastel ; 28,5 x 42,5 cm. Achat, 1898, inv. 1898-0024 © MAH, photo : Bettina Jacot-Descombes.

Cultiver les plaisirs de mes sens fut dans toute ma vie ma principale affaire : je n’en ai jamais eu de plus importante. Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l’ai toujours aimé, et je m’en suis fait aimer tant que j’ai pu. Casanova a parfois été assimilé, à tort, au mythe de Don Juan, personnage de fiction cynique, égoïste et misogyne dont le nom est lui aussi passé dans le langage universel comme synonyme de séducteur compulsif. Mais si pour l’Espagnol les femmes ne représentent que des objets qu’il s’agit de placer sous son emprise, le Vénitien en revanche est un sentimental. Ma marotte était d’être aimé, avoue-t-il, car le plaisir de l’amour sans amour est insipide. Il trouve l’essentiel de sa jouissance dans celle de ses partenaires, et c’est sans doute parce qu’il représente une forme de sexualité tout à la fois joyeuse, sans contraintes et respectueuse, qu’il a conservé jusqu’à aujourd’hui, même auprès du public féminin, son pouvoir d’attraction.

Livre ouvert avec illustration

[Nicolas Chorier (Vienne, 1612 – Grenoble, 1692)], Nouvelle traduction du Mursius connu sous le nom d’Aloïsia ou de l’Académie des dames [...], Cythère [Auxerre] : dans l’Imprimerie de la Volupté [Fournier], 1749, tome I, et détail p. 21 © Gênes, collection Bignami.

S’il est avant tout un amoureux des femmes, Casanova se revendique également libertin. Comme d’autres adeptes de la libre-pensée, il s’efforce de s’écarter des normes morales et refuse toute contrainte en matière de sexualité. Cette doctrine libertaire trouve l’une de ses expressions dans les romans licencieux dont il est amateur, tels L’Académie des dames, fameux traité d’initiation érotique et saphique. En 1755, à Venise, Casanova en admire un bel exemplaire dans bibliothèque du voluptueux abbé de Bernis, ambassadeur de France : J’ai vu les estampes [...] de Meursius, ou d’Aloysia Toletana dont je n’avais jamais rien vu de plus beau.

Pages d'un livre

Henri-Corneille Agrippa (Cologne, 1486 – Grenoble, 1535), Œuvres magiques, Rome, 1744, p. 16 : Figure du pentacle © Bibliothèque de Genève, Od 248.

L’aventurier tire l’essentiel de ses connaissances en magie des écrits cabalistiques de l’humaniste Agrippa de Nettesheim, qui exerça la médecine à Genève et dans d’autres villes suisses au début des années 1520.

Melchias Uken (Autriche, XVIIIe siècle), Geomantia Metrica, seu Ars punctandi nova […], [Francfort – Leipzig], 1751 © Gênes, collection Bignami.

Exemplaire ayant appartenu à Giacomo Casanova.

Parmi les ressources qui garantissent son fastueux train de vie, Casanova n’hésite pas à mystifier de riches et crédules adeptes des sciences occultes. Dans ses mémoires, il raconte ses débuts improvisés dans l’ésotérisme, qui lui valent la confiance et la protection d’un riche patricien de Venise, Matteo Bragadin (1680-1777), auquel il confesse avoir fait la fausse et folle confidence que je possédais un calcul numérique par lequel moyennant une question que j’écrivais, et que je changeais en nombres, je recevais également en nombre une réponse qui m’instruisait de tout ce que je voulais savoir, et dont personne au monde n’aurait pu m’informer. Cet oracle lui sera très utile pour gagner les faveurs – et délier la bourse – de ses nombreuses dupes.

Pages d'un livre

Giacomo Girolamo Casanova (Venise, 1725 – Dux, 1798) [?], pages de cahier, [Venise], 1731, encre sur papier ; 21 x 15,4 cm © Gênes, collection Bignami.

Composé de deux feuillets doubles et d’un feuillet simple portant des inscriptions attribuables à Casanova âgé de six ans, ce cahier constitue le premier document écrit de sa main conservé.

Page manuscrite

[Giacomo Casanova (Venise, 1725 – Dux, 1798)], Dialogue entre Venus et Cupidon – à Madame la Comtesse de Münster, manuscrit autographe en français, sans date, ni lieu, ni signature, encre sur papier ; feuillet simple (fol. 1r), 20 x 18 cm © Cologny, Fondation Martin Bodmer.

Ce poème dit « bout-rimé », c’est-à-dire composé à partir de rimes plates imposées en fin de vers, témoigne de la maîtrise de la langue française par Casanova.

Un succès précoce obtenu à onze ans grâce à un vers latin plein d’esprit va déterminer le Vénitien à se faire un nom dans les belle-lettres : Ce fut mon premier exploit littéraire, et je peux dire que ce fut dans ce moment-là qu’on sema dans mon âme l’amour de la gloire qui dépend de la littérature. Lecteur insatiable, capable de réciter par cœur les œuvres de ses auteurs préférés, il est aussi un écrivain prolifique qui s’est essayé à tous les genres littéraires. Le soutien exceptionnel apporté à l’exposition par ses partenaires permet de mettre en lumière cette de facette méconnue de sa personnalité à travers une sélection de manuscrits autographes et de rares éditions originales.

Potrait de Voltaire

Jean Huber (Chambésy, Genève, 1721 – Lausanne, 1786), François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), vers 1765, pastel sur papier ; 63 x 52 cm. Don de la Société auxiliaire du Musée, 1938, inv. 1938-0001 © MAH, photo : Flora Bevilacqua.

François Marie Isidore Queverdo (Josselin, Morbihan, 1748 – Paris, 1797), d’après Jean Signy (1750-1815), Genève, les Délices de Voltaire, 1769, eau-forte et taille-douce sur papier ; 21,5 x 15,4 cm. Ancien fonds © Bibliothèque de Genève, Les Délices, CH IMV IC 0223.

[Voltaire] me prit avec lui, et il me mena dans son jardin dont il me dit d’avoir été le créateur.

Le goût de Casanova pour les belles-lettres trouve son apogée dans les quatre entretiens avec Voltaire aux Délices durant l’été 1760, dont le récit soigneusement mis en scène occupe une place de choix dans Histoire de ma vie. Mais les controverses entre les deux interlocuteurs ont laissé au Vénitien un goût amer. Il fait son mea culpa dans ses mémoires, se repentant de la mauvaise humeur qui lui est restée de ses visites au philosophe et du mauvais accueil réservé par celui-ci à sa traduction de sa pièce L’Écossaise, qui lui ont fait dénigrer tout ce qu’[il] lisai[t] de vieux, et de nouveau que ce grand homme avait donné. Je devais réfléchir, conclut-il, que sans les railleries avec lesquelles il me déplut le troisième jour, je l’aurais trouvé sublime en tout…

Pour en savoir davantage :

Catalogue Casanova à Genève, un libertin chez Calvin, sous la direction de Corinne Borel, avec la collaboration de Flávio Borda d’Água.

Dossier spécial Casanova dans Passé simple, mensuel romand d’histoire et d’archéologie, octobre 2025.

Notes

  • 1.

    Portrait déguisé de Casanova sous le nom de « Vanesio », dans La Commediante in fortuna, o sia memorie di madame N. N. scritte da lei medesima de l’abbé Pietro Chiari (1712-1785), Naples, 1755, vol. 2, art. V, p. 136.

  • 2.

    Extrait d’une lettre de Giustiniana Wynne (1737-1791), femme de lettres amie de Casanova, adressée de Paris, le 8 janvier 1759, à son amant secret, le patricien vénitien Andrea Memmo (Gênes, collection Bignami).

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