Pas besoin d'un dessin
Carte blanche à Jean-Hubert Martin
Pour sa seconde exposition carte blanche, le Musée d’art et d’histoire a convié Jean-Hubert Martin, célèbre auteur d’expositions qui a marqué le champ de l’art depuis plus de quatre décennies, à poser un œil neuf sur sa collection.
En plongeant dans les fonds du MAH, ce grand historien d’art et homme de musée nous entraîne avec lui dans une promenade. Au travers de plus de 800 œuvres empruntées à tous les domaines artistiques et historiques, le public est incité à observer, à ressentir et à s’approprier ce qui est notre trésor commun, à savoir cette fascinante diversité de la collection. Par jeu, basculement ou effet d’analogie, certaines œuvres phares et connues du musée dialoguent d’une manière simple et décomplexée avec des objets singuliers ayant parfois échappé à notre attention. Le parcours nous redonne confiance en notre force émotionnelle. Le musée se dévoile sous un nouveau jour et devient le théâtre de nos désirs.
Commissaire adjoint de l'exposition: Tijs Visser
Quelques mots de Jean-Hubert Martin
« Cette exposition est une tentative de déplacer le curseur à la suite de la prise de pouvoir des musées par les historiens d’art. Au tournant du XIXe siècle en France, sont créés à travers le pays des musées des beaux-arts où ont été réparties les collections royales. Nombre de ces lieux sont adossés à une école d’art, car c’est là que sont entreposés des modèles d’académie à destination des étudiants. À la tête de ces musées, l’on retrouve soit des érudits, issus de la grande bourgeoisie et donc suffisamment à l’aise financièrement pour œuvrer pour la beauté du geste, soit des artistes. Le directeur de l’école est très souvent le directeur du musée et vice-versa. Dans leurs accrochages, ils n’ont à aucun moment l’idée de montrer l’art de manière chronologique. Ils opèrent en fonction d’idées créatives, selon des dominantes de couleurs, par exemple, ou des rapports de forme. Ils procèdent par analogie. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’histoire de l’art se développe, en Suisse (notamment à Bâle) et en Allemagne également avec la Kunstwissenschaft, et ces savants s’emparent des musées. Dès lors, arrive un système sacro-saint qui est la présentation chronologique, et plus l’histoire de l’art progresse, plus les musées deviennent spécialisés et se structurent en départements – beaux-arts, arts appliqués, sculpture, arts graphiques…. On subdivise, on crée des musées de textiles, d’arts décoratifs, d’instruments de musique etc. Aujourd’hui, la plupart des expositions suivent cette norme et sont en rapport avec un mouvement, une école, une monographie… Ce découpage systématique fait en plus qu’il est complètement interdit de comparer deux objets de cultures différentes et dont la mise en contact n’aurait pas été avérée historiquement. Comparer un objet chinois à un objet occidental du XVIIIe siècle n’aurait ainsi pas de sens pour un historien. On arrive à des expositions de connaissance (à laquelle je ne suis pas opposé !), dans laquelle le public est le plus souvent invité à lire un mur entier d’informations à l’entrée, sans lequel il ne pourra pas comprendre ce qui va suivre. Je ne m’oppose pas aux gens qui veulent apprendre, mais il me semble que l’on est allé trop loin. Le musée est un lieu où l’on mélange tout le temps, avec des paradoxes et des difficultés, la sensibilité et la connaissance. Or je pense qu’il faut déplacer le curseur du côté de la sensibilité. »