Archéologie des fluides

exposition de format L

Qu’est-ce qui peut bien nous fasciner dans une œuvre d’art ou un objet quelconque ? Disposent-ils d’un magnétisme particulier ? Peuvent-ils posséder une puissance de rayonnement qui explique ce pouvoir d’attraction ? Peut-on entrer, par l’emprise qu’ils ont sur notre regard, dans le passé de ces objets ? Peut-on retrouver, à leur contact, les images du moment qui les ont vu naître et voyager dans le temps et l’espace qui nous sépare de leur origine plus ou moins lointaine ? Ce sont là, à l’aune de la révolution à venir du métavers, autant de questions incongrues que cette exposition souhaite mettre en scène et en débat à partir du regard qu’a pu porter sur ces objets, celui qui a dirigé la destinée du Musée d’art et d’histoire de Genève pendant trente ans, de 1920 à 1950 : Waldemar Deonna. Archéologue de renom, Deonna livre une approche anthropologique des œuvres d’art d’une étonnante inventivité. Spécialiste des vases et sculptures grecs, regardant aussi bien la nouveauté du cubisme que l’intrigue historique des artefacts les plus anciens, il est aussi l’auteur d’une surprenante monographie consacrée à la peintre médiumnique Hélène Smith qui affirmait pouvoir visiter, à distance, la planète Mars ou la Terre Sainte.

Cette exposition prendra appui sur l’originalité des analyses savantes et décalées de Deonna consacrées au pouvoir de fascination des œuvres : auras et auréoles, mémoire des objets et résurgence du passé, emprise hypnotique et extase musicale. C’est là une manière d’aborder une histoire culturelle de la fascination qui colle, à merveille, avec la diversité symbolique et usuelle des objets réunis dans les collections du MAH, de l’Antiquité à nos jours.

Masque représentant le visage d'une femme

Gros plan sur une œuvre

Masque funéraire de jeune femme, empire romain

Les masques funéraires étaient posés sur la momie enveloppée afin de rendre un visage au défunt et de lui donner une nouvelle individualité en lui conférant une dimension divine, comme nous l’explique déjà une formule des Textes des Sarcophages (vers 2000 avant J.-C.). S’ils apparaissent très anciennement, c’est à l’époque romaine que les masques connaissent un fort développement ainsi qu’une production abondante. Ils étaient alors fabriqués par estampage de stuc dans un moule, ce qui permit la réalisation de nombreuses séries aux traits semblables, qui étaient ensuite personnalisés grâce à des éléments rapportés tels que les yeux, la coiffure ou les bijoux. Ils étaient ensuite fixés sur un plastron qui recouvrait le haut du corps de la momie. Les yeux sont souvent très grands : ils sont les éléments essentiels du masque, auquel ils donnent un aspect vivant. Les coiffures variées sont riches en renseignements car elles sont représentatives de la mode d’une période et/ou d’un lieu. Les momies portaient presque toujours une « couronne de justification », soit dans la main droite posée sur la poitrine, soit sur la tête. Cette couronne, formée d’une guirlande de feuillages et de fleurs symbolisait la glorification du défunt. Le masque funéraire représente toujours le défunt rajeuni, il est un visage idéal qui cache la mort, protège le défunt et redonne vie dans l’au-delà grâce à son efficacité magique.