Description
Chef de pièce d'indienne
Ce modeste fragment est un des rares témoignages de l’activité d’impression sur étoffe à Genève au XVIIIe siècle. D’autant plus précieux qu’il s’agit d’un chef de pièce, c’est-à-dire la partie réservée au début du lé pour y porter les références de fabrication. Celles-ci indiquent qu’il s’agit d’une production de la société des frères Jean-Louis (1751-1811) et Jean Malvesin (1753- ?) fondée à Genève en 1781. Les indiennes sont des cotonnades fabriquées aux Indes, à motifs peints ou imprimés, importées aux XVIIe et XVIIIe siècles par des marchands anglais, français et hollandais. La splendeur de ces tissus orientaux, avec leurs ramages colorés, ravit les Européens qui en font des tentures, des rideaux, des robes et même des robes de chambre. Les premières tentatives pour les imiter donnent des résultats médiocres. Pourtant, le succès de ces tissus importés indispose les fabricants de soieries et les drapiers, ainsi que l'Etat qui voit fuir les devises. L'importation, l'impression et même le port des "toiles peintes" sont interdits jusqu'en 1759. Après cette date, on commence à fabriquer des indiennes en France, notamment à Marseille et à Jouy avec Oberkampf, fondateur d'une manufacture qui deviendra célèbre.
L'interdiction en France, à partir de 1686, du commerce et de la fabrication des indiennes, sauf pour la Compagnie française des Indes orientales, a permis cette production dont les procédés de fabrication furent empruntés aux artisans de l'Inde, de se développer en Suisse, et notamment à Genève. Les ateliers y étaient placés au bord du Rhône ou du Léman (quartiers des Pâquis, de la Coulouvrenière, aux Eaux-Vives, ou encore quai des Bergues, telle la manufacture fondée par Jean Fazy en 1728). C'est dans cette dernière que travaillait un cousin de Jean-Jacques Rousseau qui lui écrasa par accident les doigts sous une calandre (XVe promenade d'un rêveur solitaire). L’indiennerie occupa jusqu’à 20 % de la population active de Genève. La plupart des manufactures firent faillite avant la fin du XVIIIe siècle. Celles qui réussirent à se maintenir disparurent peu après la Restauration.
PLUS D’INFORMATIONS SUR L’OEUVRE
Bibliographie
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